FOOTBALL

D’après une information datée du 21 octobre publiée par ESPN Desportes.com, Diego Maradona aurait déclaré que si l’équipe d’Argentine avait été éliminée de la Coupe du monde, il aurait été obligé de se réfugier en Haïti. Reprenons exactement la phrase telle que MARADONA-CONTRE-LURUGUAYretranscrite par le site américain en espagnol : « Si nos quedábamos afuera del Mundial, yo me tenia que ir a Haïti ». La traduction ne peut être que ceci : « Si nous étions éliminés du Mundial, je n’avais plu qu’à me rendre en Haïti ».
A notre connaissance, Maradona n’entretient jusqu’à ce jour aucune relation avec Haïti, ni avec le football haïtien ni avec des personnalités haïtiennes qui auraient été du cercle de ses amis et qui l’auraient accueilli comme en plusieurs occasions, Fidel Castro l’a fait à Cuba, et comme à la vérité, ne serait-ce que pour ce qu’il a apporté au football mondial par la magie de son jeu, tous les Haïtiens lui auraient donné asile. Ce n’est donc pas d’un havre de paix que parle Maradona quand il associe Haïti à des déboires qu’il a évités de peu.

Il y eut un faux précédent, une espèce de mauvais augure. En 1990, à mon retour de la Coupe du monde italienne que j’avais couverte pour la TNH et au cours de laquelle j’ai assisté à plusieurs conférences d’après match de Maradona, j’ai été étonné de m’entendre dire par plusieurs fans de football qu’à une invitation que personnellement j’aurais lancée audit joueur de visiter Haïti, il aurait répondu « n’avoir vu de noir de sa vie que la couleur des semelles de ses chaussures ». Comme réponse à une invitation amicale, il n’y aurait pas plus dédaigneux, ni plus raciste. Ce ne fut heureusement qu’invention sans doute de fans du football supporters du Brésil toujours soucieux de chatouiller les autres, fans de l’Argentine, qui le leur rendent bien.

Ainsi donc, à s’imaginer pestiféré aux yeux de ses compatriotes du fait de l’élimination de l’Argentine de la Coupe du monde, ce ne serait qu’en Haïti, l’enfer sur la terre, que Maradona aurait été obligé d’atterrir, l’unique, la dernière option terrestre. Jusqu’à ce que ESPN Desportes.com démente son propre article, nous retenons que Maradona a clairement insulté Haïti. Diego Maradona est l’entraîneur de la Sélection nationale d’Argentine de football. Il est donc l’employé d’une institution parapublique d’un pays avec lequel Haïti entretient des relations diplomatiques ; son employeur, l’AFA, est membre de la Fifa autant que la FHF. Le moins que l’on puisse attendre des autorités diplomatiques, sportives (ministère des Sports, COH) footballistiques (FHF) de notre pays est une protestation en bonne et due forme auprès de l’AFA et de la Fifa.

On ne peut banaliser de tels discours. La leçon donnée en mars 1990 par les compatriotes de notre diaspora nord-américaine à la communauté scientifique américaine, sous la forme de l’immense manifestation de New York en protestation contre la stigmatisation du 4 H, est notre repère le plus précieux face à ces attitudes et discours discriminatoires vis-à-vis de notre pays.

Qu’Haïti s’encrasse dans le sous-développement est un fait que nous ne pouvons contester ; qu’un individu, scientifique ou pas, étudie notre cas et en fasse un diagnostic objectif, cela relève d’un droit ; que nous reconnaissions l’évidence de renverser la vapeur, c’est un devoir ; qu’une personnalité publique sache tenir sa langue en utilisant un pays comme point de comparaison, c’est le degré zéro d’exigence éthique. Maradona devrait l’apprendre, et nous le lui disons haut et fort.

Patrice Dumont

lematinhaiti.com

 

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