Située à environ 60 km au Sud-Ouest de Port-au-prince, Léogane, surnommée « La cité d'Anacaona », a été l'épicentre du séisme du 12 janvier. Dans cette ville dont la culture est axée autour du « rara », des combats de coqs et des rituels du vaudou, le football fait partie de la vie au même titre que manger et boire. Comment les habitants de cette ville vivent la Coupe du Monde sud-africaine, Reportage avec notre envoyé spécial Enock Néré.
Cinq mois après le séisme du 12 janvier, Léogâne ne s'est pas encore relevée .Les tas de gravats sont toujours présents. On dirait que la ville est abandonnée à elle-même.
L'entrée principale du parc Gérard Christophe sert aujourd'hui, petit lieu de business avec comme service offert: la recharge des téléphones et de DVD players.L'électricité étant une denrée rare, certains habitants ont trouvé moyen de tirer profit de cette situation. 10 gourdes pour le téléphone, 15 gourdes pour le DVD portable et ça marche. La clientèle afflue et bien sûr la recette n'est pas trop maigre.
Ce sont les gens qui habitent le parc Gérard Christophe qui constituent l'essentiel de la clientèle. Sur ce qui fut la pelouse du parc Gérard Christophe, les tentes de tout acabit s'empilent et les petits canaux sont nombreux. Il faut évacuer l'eau après la pluie, et faire comme on peut.
Interrogé sur la passion du football des Léoganais pour le
football et le traitement infligé à la pelouse du Parc, Emile s'insurge : « Ils ne pouvaient pas faire autrement. D'ailleurs, ils n'ont pas choisi de se mettre là, c'est le 12 janvier qui les a contraints de s'y installer».
Comment avez-vous vécu l'élimination du Cavaly (club phare de la ville) par le Valencia (apparemment plus populaire dans les environs de Léogane) ?
« S'ils le pouvaient, ils se devaient d'aller plus loin », répond un fan du Cavaly. « Très mal », avance un autre, « Parce que les gens du Valencia se sont mis à nous chahuter après », continue-t-il.
Auriez-vous préféré que cette élimination ait lieu ici à Léogane ?
« Il y aurait eu des morts », réplique le premier intervenant. Cela s'est passé à Port-au-Prince et des gens se sont battus après. Ici ça aurait été pire », conclut-il ?
La Coupe du Monde intéresse-t-elle les gens de Léogane ?
« Beaucoup, le football est notre passion et chaque Coupe du Monde est pour nous une occasion rêvée de savourer une bonne rencontre », souligne Lucien. « Cependant, il nous est difficile de regarder le mondial. L'électricité est rare, surtout après le 12 janvier, avoir les moyens de regarder un tel évènement est compliqué », continue-t-il.
« Certains d'entre nous iront le regarder au ciné », explique pour sa part André.
Une salle de cinéma est placée dans un local qui jouxte le Lycée Anacaona encore debout. « Mais je ne sais pas encore combien cela va coûter pour voir une rencontre », continue-t-il.
Le Mario ciné,c'est une tente à toiture carrée faite de prélat gris pouvant contenir une trentaine de personnes assises.
Sur les antennes qui sont au Parc, il explique : « C'est pour des gens qui ont de minuscules TV qui essaient de les rendre claires. Ces petites TV fonctionnent soit avec une batterie pour certaines soit sur un petit inverter ».
J'entends dire qu'on a mis des écrans géants pour que vous puissiez suivre la Coupe du Monde ?
« Grand écran ? Ça se trouve où ? C'est vrai qu'on en avait parlé, mais les rencontres se jouent le matin, les écrans géants seraient pratiquement invisibles au moment des rencontres.
Pourtant sur la route de Darbonne, une affiche indique que la Coupe du Monde est sur grand écran. Emile avoue son ignorance. Calendrier de la Coupe du Monde en main, un monsieur s'apprête à grimper derrière une moto.
Ah ! vous avez le calendrier, donc vous allez vous amuser en regardant le mondial ? « Vous dites regarder ? Ce sera difficile. Pour le moment, il n'y a pas encore de déclaration fracassante, genre: "je vais gagner la Coupe du monde", on attend et on espère qu'on pourra s'amuser, car je vais m'arranger pour regarder quelques rencontres ».
A Darbonne, on ne parle même pas de football. Sur la cour de l'école nationale de ce quartier, les gens du Comité Olympique Haïtien mettent un peu d'animation au moyen du sport. On danse, on participe à des compétitions infantiles dans plusieurs disciplines sportives à l'exception du football. Et, lorsqu'ils repartent, Léogane retrouve encore sa misère et ses privations y compris sa plus grande passion : le football.

